L'A-Propos

Nucléaire nord-coréen, une menace pour la Chine ?

Pyongyang joue la carte de l’ambiguïté. Et pour cause, la Corée du Nord  maintient avec brio son programme nucléaire en dessous d’un seuil qui risquerait de déclencher toutes représailles importantes venant de la communauté internationale. Si le pays n’a pas encore développé une dissuasion nucléaire crédible, il met en avant sa capacité à menacer le continent nord-américain. Et pour conforter les dirigeants nord-coréens dans ces succès, Pyongyang a démontré qu’elle pouvait réduire les capacités d’influence politique et militaire de la Chine à son égard. Or, la question du programme nucléaire nord-coréen représente justement un enjeu de sécurité majeur pour les autorités chinoises. Enquête sur les inquiétudes de la deuxième puissance économique mondiale.

Si Pékin sait qu’elle n’est pas en ligne de mire, les conséquences d’un tel programme inquiètent. En effet, la Chine craint que la possession nord-coréenne de l’arme nucléaire n’encourage une vive course à l’armement en Asie de l’Est, déjà entamée. Ainsi, le Japon désire une capacité militaire propre dans le but de faire face à la Chine qu’il commence à estimer en menace. Pour déséquilibrer d’avantage cette atmosphère tendue, La Diète tokyoïte n’exclut pas la possibilité de remettre l’option nucléaire à l’ordre du jour. Tout comme le Japon, la Corée du Sud est un pays de seuil nucléaire, pour lequel l’évolution de la perception de la menace nord-coréenne pourrait mener à l’enclenchement de procédures sérieuses. Il y existe par ailleurs une tendance en hausse pour le développement d’un armement nucléaire, et les députés qui y sont favorables pointent du doigt l’incapacité de la communauté internationale à enrayer le programme nord-coréen.  Pour couronner le tout, la Chine craint également une éventuelle prolifération nucléaire chez son frère ennemi, Taiwan. 

C’est bien pour l’ensemble de ces raisons que les autorités chinoises, résolument inquiètes, ont décidé de se montrer hostile au programme nucléaire de la Corée du Nord, des sanctions à l’appui. Ainsi, la Chine n’a pas hésité à soutenir plusieurs fois diverses sanctions internationales à l’égard du régime de Pyongyang et à même adopté des mesures coercitives après les deux essais nucléaires de 2006 et 2009. Elle aurait également suspendu ses fournitures de pétrole et mis à termes à des échanges de matériel militaire à plusieurs reprises. Enfin, le récent rapprochement de Pékin, s’il demeure modéré, avec son homologue Sud-coréen souligne ce désir de ralentir toute course à l’armement nucléaire. 

Cependant, la Chine ne souhaite pas voir son impétueux voisin s’effondrer. Si les nombreuses critiques à l’égard des décisions nord-coréennes pourraient présumer le contraire, les autorités chinoises continueront d’aider la Corée du Nord : Malgré un manque de confiance réciproque appuyé par de nombreux désaccords, Pékin estimera que le maintien du statu quo est essentiel tant que durera la présence du pilier américain en Asie Pacifique.


Yesmine Hachana

28/11/2015