L'A-Propos

Chers maires

Chers maires qui avez déclaré ne vouloir accueillir que les réfugiés chrétiens,

 

N’est-il pas de bon ton de vous rappeler que vous êtes les élus d’une république démocratique ? République ? Démocratie ? Ces termes (r)éveillent-ils quelque chose en vous ? Non ? Rien ? Vraiment ? Alors je vais vous aider.

 

« La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » disait Abraham Lincoln. Il me semble donc que vous avez été élus par le peuple pour le représenter. Il faudrait alors se demander si « le peuple » vous a élus pour prôner la discrimination, l’intolérance et le sectarisme.

Effectivement, la démocratie, c’est la souveraineté du peuple. Mais duquel, vous me direz ? Certains diront que c’est un ensemble de personnes habitant sur le même territoire (ici la France), d’autres que ce sont ceux sur qui le pouvoir s’exerce*. Que vous reteniez l’une des définitions ou l’autre, nous nous accorderons au moins pour dire qu’actuellement, les habitants de la France, français ou  français en devenir, sont loin d’être tous « de race judéo-chrétienne ». Il en va de même pour ceux sur qui le pouvoir s’exerce (et oui, peut-être que cela vous avait échappé mais non, les réfugiés ne sont pas au dessus des lois).

Il faut se rendre à l’évidence : la France est aujourd’hui – pour le meilleur, même si vous n’arrivez pas à l’entendre – multiculturelle, elle est diverse, elle est pluriel. Vous distinguez les personnes chrétiennes des autres, mais, le peuple est un tout. II est composé de personnes musulmanes, juives, chrétiennes, bouddhistes, athées, agnostiques etc. (Au passage, j’insiste, de PERSONNES musulmanes, juives, chrétiennes… Et pas de Musulmans, de Juifs et de Chrétiens. Car réduire une personne à sa religion, est non seulement plus que réducteur mais aussi raciste. Cela laisse sous-entendre que les personnes dont vous parlez ne sont définies que par leur religion. Alors vous les rangez dans des cases – ou des races – par rapport à celle-ci.) Et donc, en refusant d’héberger les réfugiés qui ne sont pas de confession chrétienne, c’est une partie du peuple - que vous représentez - que vous discriminez, que vous reniez et c’est TOUT le peuple de France, TOUT le peuple français et le peuple du monde entier que vous offensez.

 

« Liberté, égalité, fraternité », telle est la devise de notre République que nous avons durement acquise. Auriez-vous oublié notre chère devise en déclarant que vous n’accepteriez que des réfugiés chrétiens car, je cite, « les chrétiens ne procèdent pas à la décapitation de leur patron », « les chrétiens ne mettent pas en danger la sécurité d’autrui ». Sans mentionner que ce serait avoir la mémoire bien courte que de tenir de tels propos – je vous conseille de retourner à vos livres d’histoire, il me semble que les croisades n’étaient pas vraiment une joyeuse danse de fraternité entre peuples de différentes religions. Ne pensez-vous pas que de réduire un homme à sa religion est dangereux ? Ce genre d’amalgames, de raccourcis, qui déclarent que sous prétexte qu’un groupe de personnes, pratiquant une religion x, est violent, criminel voire terroriste, alors c’est cette religion x qui est violente, criminelle voire terroriste.

 

Une des premières libertés est la liberté de culte, ainsi, tout le monde peut pratiquer le culte qu’il souhaite et cet aspect ne doit être en aucun cas discriminatoire !

 

Egalité : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. ». Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Par conséquent, que vous le vouliez ou non, les personnes chrétiennes sont les égales des personnes musulmans qui sont les égales des personnes  juives, qui sont les égales des personnes bouddhistes, que sont les égales des personnes agnostiques, des personnes athées etc.

 

Et enfin, fraternité, car la République ne saurait exister sans la combinaison de ces trois aspects (liberté, égalité et fraternité), ce dernier me semble primordial et trop souvent délaissé voire oublié dans ces temps de crises. Pour cet aspect, je me référerai à la religion, puisque celle-ci vous tient tend à cœur. En effet, je crois que vous avez oublié un passage de l’Evangile de Matthieu, le chapitre 25 sur le Jugement dernier :

 

« Alors le roi dira à ceux qui sont à droite : “Venez, vous qui êtes bénis par mon Père, et recevez le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli chez vous ; j’étais nu et vous m’avez habillé ; j’étais malade et vous avez pris soin de moi ; j’étais en prison et vous êtes venus me voir.” Ceux qui ont fait la volonté de Dieu lui répondront alors : “Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé et t’avons-nous donné à manger, ou assoiffé et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger et t’avons-nous accueilli chez nous, ou nu et t’avons-nous habillé ? Quand t’avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous allés te voir ?” Le roi leur répondra : “Je vous le déclare, c’est la vérité : toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”

« Ensuite, le roi dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, maudits ! Allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges ! Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison et vous n’avez pas pris soin de moi.” Ils lui répondront alors : “Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé, ou assoiffé, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison et ne t’avons-nous pas secouru ?” Le roi leur répondra : “Je vous le déclare, c’est la vérité : toutes les fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, vous ne l’avez pas fait à moi non plus.” Et ils iront subir la peine éternelle, tandis que ceux qui ont fait la volonté de Dieu iront à la vie éternelle. »

 

Je pense que ce passage se passe de commentaires et j’espère qu’il sera l’auteur, chez vous, d’une prise de conscience, que votre âme en sera touchée et que vous irez de ce pas confesser vos péchés. Puisque vous êtes de fervents défenseurs du christianisme, vous devez en être pratiquants donc la notion de pardon ne vous est pas – je l’espère – étrangère contrairement à celle de fraternité. Alors quand vous aurez enfin reconnu l’absurdité et l’imbécillité de vos propos, nous vous pardonnerons, nous, le peuple car finalement, de n’importe quelle religion que l’on soit, nous avons tous le même rêve, le même but qui lui ne porte pas de religion, de nationalité, de culture ou de couleur : la paix.

 

Je vous joins quelques colombes à ce message, faites-en bon usage,

  


 Aurore Maisondieu

28/11/2015

*dixit Michel Onfray dans l’émission On n’est pas couché du 19/09