L'A-Propos

L’exemplarité des hommes politiques, un débat déjà présent il y a 2000 ans

Alors que le scandale politico-financier des « Panama papers » éclate, nous pouvons de nouveau faire jaillir le débat sur l’exemplarité de la classe dirigeante de notre république.

En effet, alors qu’ils se présentent comme moralisateurs, gardiens de l’ordre et de la morale, ils sont pourtant les premiers à céder à l’attrait de la corruption, en raison certainement de leur proximité avec le pouvoir.

Quoi qu’il en soit, le débat est loin d’être novateur, car il nous fait remonter à une république beaucoup plus ancienne, celle de Rome.

 

L’un des exemples les plus loquaces dans ce cas est celui d’un homme politique romain du 1er siècle avant J.C. nommé Salluste.

 

Gaius Sallustius Crispus est un homme politique et auteur latin né en -86 et mort en -35.

Ses écrits dénoncent avec virulence la corruption de la classe politique et ne cessent de plaider en faveur de la vertu traditionnelle, la « virtus » latine. Selon lui, l’homme de bien est désintéressé , respectueux de la morale et ne cherche pas à s’enrichir plus que pour satisfaire à ses besoins.

Salluste paraît donc être dans ses écrits, un philosophe et un homme amoureux de la vertu et de la morale.

Or rien n’est plus faux, son curriculum vitae est entaché de scandales qu’il se garde bien d’évoquer:

Alors qu’en -52, il est tribun de la plèbe (un rôle politique prestigieux et important car les deux tribuns de la plèbe au sénat possèdent un droit de véto, l’ « intercessio »), il perd sa place lorsqu’est révélé son affaire d’adultère avec la femme du tribun Milon.

Il bénéficie cependant comme certaines personnes aujourd’hui de la protection d’un grand, car deux ans plus tard il est nommé grâce à Jules César questeur (un autre poste de prestige, qui serait aujourd’hui l’équivalent du ministre des finances, chargé des dépenses publiques et de l’administration du trésor).

Toujours sous la protection de Jules César, il est ensuite nommé préteur puis gouverneur d’une province aujourd’hui en Afrique: la Numidie. Il s’y enrichie alors considérablement en détournant tous les fonds passant à sa portée et en se livrant à de violentes exactions. Il échappe ainsi à une condamnation pour concussion (fraude fiscale) grâce à Jules César, à qui il abandonne des sommes considérables.

A la mort de César en -44 et donc disparition de son protecteur, il se retire sur le mont Quirinal où il se fait construire une splendide demeure.

C’est dans ce « palais » qu’il s’adonne à l’écriture, dénonce la corruption et écrit ce que devrait être la morale et l’absence de d’opulence

Quel courage il faut pour passer son existence à mentir, voler et tricher et ensuite donner des leçons sur ce que devrait être l’attitude exemplaire !

Il était un Balkany, voleur avéré mais protégé, à moins qu’il ne soit un Cahuzac, responsable des finances malgré ses détournements d’argent. En tout cas, il était assez audacieux pour oser donner des leçons et définir des règles qu’il a passé sa vie à transgresser au plus haut point.

 

Le problème demeure: comment accorder du crédit aux discours à visé moraliste de la classe dirigeante lorsque la corruption de cette dernière est une nouvelle fois avérée ?


 

Tommy Rizzo

03/05/2016