L'A-Propos

Nuit debout, entre révolte et utopie


Lundi 25 avril, sac sur le dos, appareil photo autour du cou et stylo en main, je rejoins Iris, 16 ans, lycéenne, Place de la République. Le but de notre venue ? Pas d’idée ? Aucune ? Nuit debout ! Dans le mille ! Nous voulions nous faire notre propre idée du mouvement qui défraie la chronique depuis maintenant un mois entre fascination et détestation, information, désinformation et propagande. Nous y allions donc avec une question simple à l’esprit, voire naïve : Qui fait quoi place de la République et pourquoi ?


 

Arrivant place de la République, nous fûmes vite confrontées à un premier aléa : le temps. Pluie torrentielle, mercure sous les 10 degrés. Je vous laisse donc imaginer la densité humaine locale. Par conséquent, mes observations et les conclusions que j’ai tirées de notre venue ne sont évidemment pas les mêmes que si nous étions venues par grand beau temps.


 

Bref. Ce qui m’a le plus frappé est l’âge des participants : majoritairement des 30-50 ans, un nombre non négligeable de plus de 60 ans, quelques 25-30 ans et surtout presque aucun moins de 25 ans. Partout des slogans tagués et des affiches placardées en référence à Mai 68 mais justement, la jeunesse s’était mobilisée à Mai 68. Ici, elle n’est pas là. Sûrement que ce n’est pas son combat mais plutôt celui de la génération X, génération bâtarde, trop jeune pour avoir connu Mai 68 et sa période de bouleversements et trop vieille pour être totalement dans le boom des nouvelles technologies et du monde qu’elles ouvrent.

 

Entre stand féministe plein à craquer, association pour l’aide au logement, cantine et logistique pour les camps de réfugiés, nous avons pu discuter plus longuement avec trois personnes : une éducatrice retraitée, un trentenaire assez contestataire de l’ordre mis en place et de l’information et un militant antispéciste.

 

Mots d’ordre ? Avenir, espoir et solidarité pour notre éducatrice. Elle n’attend plus rien des politiques et du « système ». Pour elle, la politique, celle qui fait bouger les choses, elle se passe dans la rue. Les gens ont le pouvoir et doivent le saisir, surtout les jeunes, via les associations entre autres ! Cependant elle est contre la révolution mais pour les réformes. Elle se revendique soixante-huitarde et contre la consommation pour la consommation. Abat Amazon et les supermarchés !

Ce qui nous titille dans son discours ? Une certaine vision utopique de l’avenir et des propositions d’un autre temps. Réformer le système, oui ! Mais sans la jeunesse, comment ? Et puis, quelles réformes ? Pour réformer on a besoin du système, mais le système – la Vème République, les institutions – n’est plus en phase avec la réalité des citoyens.


A Nuit Debout, on débat, on tourne et retourne les problèmes dans tous les sens en essayant de trouver des solutions, mais certains problèmes paraissent trop grands ou nous paraissons encore trop petits.

 

Demain, pour notre militant antispéciste, c’est mardi ! Pour lui, le combat, les combats doivent se mener au jour le jour. Son combat à lui, reconnaître que les animaux sont littéralement des êtres sensibles : ils sentent la douleur. Il faut en finir avec la domination humaine sur toutes les autres espèces animales. De quel droit, abat-on froidement des animaux, les maltraite-t-on ? (cf. les scandales récents des abattoirs http://lci.tf1.fr/france/faits-divers/maltraitance-animale-nouveau-scandale-dans-un-abattoir-des-8728439.html) Ils sentent et ressentent de la même manière que nous. Ses solutions ? Commencer par faire des petits pas : acheter moins de viande, moins de vêtement en cuir, militer pour arrêter les essais médicaux sur les animaux… Pour les plus courageux : devenir vegan !

 

Enfin, le meilleur pour la fin ! Non je plaisante, le plus insolite. Après notre discussion avec l’éducatrice, un trentenaire nous aborde, soit disant, « on vient lookées à Nuit Debout, on vient faire les belles ». Intriguées par un tel discours, on questionne l’homme en combinaison de ski des années 80. Acte vite regretté. Nous voilà partis dans 30 minutes de dialogue de sourds entre amalgames, désinformation, contestation et recherche de vérité. Les sujets ? On passe de la guerre au Mali, à Ben Laden, de Boko Haram aux attentats de Paris et Bruxelles, sans oublier KGB, CIA et DGSE. Pour lui, toutes les informations qu’on nous donne sont fausses : celles des gouvernements (tous gouvernements confondus) ? Fausses. Celles des chaînes d’informations ? Fausses. Une question nous taraude les lèvres : quelles sont ses sources alors ? Comment attester de la véracité de ses propos ? La réponse reste vague, il nous promet de nous envoyer des documents. Il introduit un autre homme dans le débat. On arrive enfin à un consensus, pour avoir la vérité, le mieux c’est d’aller sur le terrain nous-mêmes.

 

20h30, la pluie est toujours torrentielle, la place de la République se vide peu à peu. Nous sommes gelées. Nous battons lâchement en retraite dans un café. Notre Nuit Debout s’est transformée en soirée debout. Bilan ? Rencontres intéressantes, gens passionnés, débats agités, temps pourri, jeunesse absente. Conclusion : le temps, mal de notre siècle, acteur principal de la révolte. Mot de la fin ? Madame Laborde, bon courage pour annoncer la météo, tant de pression sur vos épaules, je compatis.

 


Aurore Maisondieu

03/05/2016

 

PS : merci à mon zèbre préféré Iris Topin, sans qui ce reportage n’aurait pas été possible