L'A-Propos

Scandale de Panama


Un siècle auparavant, lorsque la IIIème République tente de s’ancrer durablement dans le paysage politique français, le scandale de Panama éclate en 1892, révélé par le journal antisémite « La libre Parole » d’Emile Drumont. 

C’est en 1881 que, sous l’impulsion de Ferdinand de Lesseps, fort de son succès au canal de Suez, s’engage le projet d’un percement du canal de Panama. La France, depuis la guerre franco prussienne, cherche à retrouver des éclats internationaux. De fait, ses ambitions mondiales sont alors grandissantes.

Les Français, pour créer le canal, souhaitent passer par l’isthme de Panama, à l’époque subordonné à l’Etat de Colombie. En mars 1878, le territoire est cédé pour 99 ans à la compagnie française chargée du percement.

Ferdinand de Lesseps est l’entrepreneur qui va rendre possible le projet : il convainc en mai 1879 les députés ; alors que son projet est irréalisable et bien trop ambitieux, comme le dénonce Adolphe Godin de Lépinay. 

C’est encore Ferdinand de Lesseps qui lève les fonds : 600 millions de francs sont recueillis auprès des actionnaires de la bourse de Paris, qui est à l’époque en plein essor. Le budget, à l’origine, avait été fixé à 1200 millions de francs. La levée est insuffisante, peu importe. Au diable les américains qui souhaitent s’opposer aux projets, le canal menaçant leurs intérêts. En 1881, le projet devient concret, les travaux commencent.

En 1884, les caisses sont vides, un dixième des travaux est bouclé. En 1885, Lesseps a l'idée d'émettre des obligations à lots afin d'intéresser davantage les petits épargnants, mais il est nécessaire pour cela de modifier la loi. Il fait alors appel à Cornelius Herz, un homme d'affaires bénéficiant de nombreux appuis dans le monde politique. Il est notamment lié à Charles de Freycinet, l'un des chefs de file des républicains opportunistes et à la famille du président Jules Grévy. Il finance également la Justice, le journal de Clémenceau. Ce dernier passe un marché avec de Lesseps : en contrepartie de 10 millions de francs, la loi passera. Les hommes politiques impliqués ne sont pas tous cités ici ; pour la plupart, ils ne seront pas inquiétés par le scandale.

En tout, ce sont 104 parlementaires qui auraient touché des sommes entre 1 000 et 300 000 francs. Le scandale se conclut en 1893 par la condamnation à cinq ans de prison de l'ancien ministre des travaux publics, Charles Baïhaut. Ferdinand de Lesseps, Gustave Eiffel et leurs associés sont condamnés à 5 ans de prison, mais échappèrent à la prison grâce à un vice de forme, concernant Ferdinand de Lesseps.

 

En 1887, les plans sont revus avec l’aide de Gustave Eiffel : plus terre à terre, moins utopiste. Les travaux ayant pris du retard, le prix des titres chutent en bourse. Le projet est finalement abandonné en 1889, provoquant la ruine de petits et grands épargnants et actionnaires.

 

Le rapport à l’actualité n’est pas tant la situation géographique, mais plus la situation d’opacité fournie par les grosses entreprises : les politiques corrompus n’ont pas été poursuivis, au même titre que les banques, les politiques, ou les riches et richissimes qui, jusqu’alors, cachaient des comptes pour échapper à la fiscalité nationale.

Il est malheureux que la pression médiatique n’ait pas, un siècle plus tôt, poussé devant la justice les parlementaires impliqués.

Plus de 400 métiers où, en France, le casier judiciaire doit être vierge pour les exercer. Combien de scandales faudra-t-il pour que la loi s’applique au métier de parlementaire ?

 

Edmond Buchart

03/05/216