L'A-Propos

Neuvième planète, le retour


Aujourd'hui, il est établi que notre système solaire comporte 8 planètes : on retrouve en partant du Soleil, Mercure, Vénus, notre Terre, Mars, puis les gazeuses Jupiter, Saturne, Uranus et enfin Neptune. Cependant, ce nombre a souvent varié avec les époques, et nous sommes peut-être sur le point de le revoir une fois de plus. En ce début d'année, une nouvelle a fait grand bruit sur les réseaux sociaux et dans la communauté scientifique : une nouvelle planète aurait été découverte, située quelque part au-delà de l'orbite de Neptune ! Tout le monde trésaille d'excitation, les journalistes s'enflamment, les amateurs d'astronomie se réjouissent. Mais que savons-nous réellement de cette « nouvelle » candidate ?

 

 

Une neuvième planète… encore...

 

Tout d'abord, quelques mots sur sa découverte. Enfin, « découverte », c'est un bien grand mot… Cette planète, personne ne l'a encore observée. Tout ce qui permet de penser qu'elle existe repose pour l'instant sur les calculs d'une équipe de chercheurs américains du Caltech (California Institute of Technology). Aucune observation, ni preuve concrète ; l'un des astronomes à l'origine de cette hypothèse, Michael E. Brown, rappelle « qu'il n'y a encore rien de définitif, car il s'agit d'un modèle mathématique ». Son étude menée avec son collègue Konstantin Batygin a été publiée le 20 janvier dernier dans la revue The Astronomical Journal. Etudiant les trajectoires anormales d'objets transneptuniens (nom donné aux astres situés au-delà de l'orbite de Neptune), leur travail les a conduits à supposer l'existence d'une neuvième planète dans notre système, très massive et très lointaine, qui perturberait par son attraction gravitationnelle les objets aux trajectoires problématiques… Ca y est, on nous refait le coup de la neuvième planète ! Souvenons-nous, jusqu'en 2006 on nous apprenait encore à placer Pluton à la fin de la brochette… Jusqu'à ce que l'Union Astronomique Internationale (UAI) retire gentiment son titre de planète à Pluton, au terme d'un vote réalisé lors du congrès tenu à Prague, ne lui accordant plus que le statut de « planète naine ». Et qui trouve-t-on déjà parmi les astronomes ayant participé avec ferveur au déclassement de l'ancienne neuvième planète ? Mike Brown ! Chose assez amusante, n'est-il point ? Toujours est-il que le neuvième rang est une place instable…


 

Sur ce schéma, l'orbite de la neuvième planète est en jaune et ceux perturbés des objets transneptuniens qui ont fait l'objet de l'étude des deux astronomes américains sont en violet. Les cercles lumineux au centre représentent les orbites de nos huit planètes, ce qui montre les immenses distances mises en jeu dans ces travaux !

 

Une quête qui fascine et déchaîne les passions

 

Nous l'avons vu, la thèse des deux chercheurs repose sur des calculs agrémentés de simulations numériques. Pour expliquer les orbites étranges des objets célestes faisant l'objet de leur étude, Batygin et Brown attribuent à la planète mystère une masse dix fois plus élevée que celle de la Terre, gravitant à 30 voire à plus de 90 milliards de kilomètres du Soleil. Elle serait 7 à 20 fois plus éloignée que l'orbite de Neptune ! Avec une telle distance du soleil, peu de lumière nous en parviendrait, ce qui expliquerait en partie la difficulté actuelle à la détecter, tout en sachant que la zone de recherche est très, très grande. Autrement dit, les chances de la trouver dans les mois à venir sont maigres. Pour l'heure, et probablement pour longtemps encore, notre liste de planète s'arrête à Neptune.

Cependant, ces travaux suscitent un fort intérêt auprès de la communauté scientifique.

A commencer par la NASA, qui soutient cette quête qu'elle juge « excitante »; tout en restant prudente quant à l'existence même de cette nouvelle planète, elle est prête à apporter son aide aux travaux de recherche (communiqué officiel de la NASA: https://www.youtube.com/watch?v=B9Fr2VoLr10). De même, de nombreux scientifiques œuvrent déjà à limiter la zone de recherche et à dresser les caractéristiques de l'inconnue.

Ainsi, début février, Jacques Laskar et Agnès Fienga, deux astrophysiciens français, se sont servi de données recueillies par la sonde Cassini (en orbite autour de Saturne depuis 2004) pour réorienter leurs télescopes, éliminant deux zones de recherche grâce à des simulations numériques.

Début avril, Esther Linder et Christophe Mordasini ont publié un article répertoriant les caractéristiques supposées de l'astre : son diamètre serait d'environ 3,8 fois celui de la Terre, il posséderait un noyau de fer et serait principalement composé d'hydrogène, d'hélium et de silicates. Sa température externe est estimée à 47 kelvins (soit -226°C) !

Et fin avril, s'appuyant sur les travaux des astrophysiciens français précités, des chercheurs de l'université de Harvard ont situé la « planète 9 » dans la constellation de la Baleine.

La chasse continue, mais va évidemment prendre encore un certain temps !


 

 

La composition supposée de la planète 9.


Planète X et neuvième planète, ou le mélange des pinceaux

 

Attention à ne pas confondre la supposée neuvième planète avec celle que l'on a nommée « planète X », ainsi que beaucoup l'ont fait.

Remontons le temps jusqu'à la fin du XIXe siècle. A cette époque, un astronome américain amateur du nom de Percival Lawrence Lowell cherche à montrer que Mars est habitée, que ses « canaux » découverts par Giovanni Schiaparelli sont artificiels et que de l'eau y est présente en grande quantité. Naturellement sa thèse a été accueillie avec un léger scepticisme de la part de ses collègues… Pour remonter dans leur estime, il décide alors de trouver l'origine des perturbations constatées à l'époque au niveau des orbites de Neptune et d'Uranus. Neptune ayant elle-même été découverte par Urbain le Verrier en tentant de trouver une solution aux perturbations de l'orbite d'Uranus, Lowell décide donc de partir à la recherche d'une neuvième planète influençant la trajectoire de Neptune. Voulant être pris au sérieux, il attribue à sa planète le nom très original de « planète X », qu'il cherchera longtemps… sans pour autant la trouver. Nouvel échec. Néanmoins, après sa mort en 1916, de nombreux astronomes se sont mis en quête de dénicher sa planète X sur la base de ses calculs. Vainement, car il s'est avéré en 1990 que les anomalies d'Uranus et de Neptune sur lesquelles Lowell s'était appuyé étaient fausses, dues à des valeurs exagérées à l'époque des masses des deux planètes. Cette planète X n'existe pas, et la communauté scientifique a réfuté officiellement son existence en 1993.

Toutefois, la croyance en cette planète X continue d'alimenter de nombreuses théories apocalyptiques, qui spéculent toujours sur son existence ; ainsi, son orbite la ferait se rapprocher de la Terre au point d'être jugée responsable des dérèglements climatiques que l'on connaît, et on lui associe également des pluies d'astéroïdes cycliques qui mèneraient à des changements majeurs sur notre planète (préparez-vous, la prochaine averse devrait arriver incessamment sous peu…). La dénomination « planète X » est dans ces conditions devenue un terme générique et principalement employé par les théoriciens de complots pour désigner toute planète supposée se situer au-delà de l'orbite neptunien et responsable de la future fin de l'humanité. Il convient donc de ne pas faire d'amalgame entre la fausse « planète X » de Lowell, qui par extension est devenue la planète de la fin du monde, et celle que l'on cherche aujourd'hui : aucun lien n'existe entre ces deux entités.

Rappelons pour finir que ces théories complotistes ont déjà prédit par le passé de nombreuses dates de fins du monde liées à notre planète, qui n'ont… tout simplement pas eu lieu. A bon entendeur, salut !

 

Arthur Maccari

03/05/2016